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L’acculturation des individus pour la transition vers une société data-driven

Aujourd’hui, c’est avec un immense plaisir que nous partageons quelques mots avec Chafika Chettaoui, Group Chief Data Officer du Groupe Suez. Son credo : accompagner les individus vers une culture Data driven à travers des dispositifs organisationnels, techniques et culturels, faisant appel à toutes les briques d’une entreprise.

Pourriez-vous expliquer votre rôle au sein du groupe Suez ?

Je suis Chief Data Officer du Groupe Suez depuis deux ans, et nous avons à la Data Office deux missions principales. L’une concerne la Data Governance, c’est-à-dire, garantir la qualité et l’accessibilité de la donnée, ainsi que le respect des réglementations. Et l’autre concerne l’Analytics, c’est-à-dire, l’analyse des données à destination des métiers (business intelligence et Intelligence Artificielle) pour extraire toute la valeur business de ces dernières. Notre rôle est de travailler avec tous les départements de l’entreprise, pour les engager à une génération de données de qualité et son usage à l’échelle pour l’amélioration de notre performance, améliorer la satisfaction de nos clients ou encore développer de nouveaux business models grâce à la donnée.

Quels sont vos principaux enjeux en matière de data governance ?

L’objectif de la Data Governance est de garantir la qualité, l’accessibilité et la sécurité de la donnée. Mais en pratique c’est plus complexe que cela puisque la Data Governance est aussi la mise en place d’un dispositif RH adapté à l’entreprise. Il faut donc nommer des Data Stewards, des Data Protection Officers, sélectionnés par process ou domaine. Ils sont garants de la qualité de la donnée et travaillent en étroite collaboration avec l’IT. Ils s’assurent également que la donnée est utilisée à bon escient. 

Ce dispositif implique donc l’établissement d’un langage commun, notamment entre régions. C’est pourquoi chez Suez, nous instaurons des communautés de data stewards permettant d’échanger sur les bonnes pratiques et des processus communs.

Comment avez-vous embarqué les collaborateurs vers une culture data chez Suez ?

NDLR: Gilbert Ton l’a également expliqué dans son dernier livre (Chief Data Officer) en disant que le rôle du CDO est d’embarquer tous les collaborateurs vers une culture data et convaincre que la data peut servir toutes les briques de l’entreprise.

Entièrement d’accord ! La transformation numérique des entreprises est avant tout un changement culturel et humain. Concernant la culture, nous travaillons avec le département des ressources humaines (Suez Academy) et la communication à différents niveaux d’accompagnement. Un niveau “Data for All” vise à démystifier l’IA et la Data auprès de tous les collaborateurs à tous les niveaux de l’organisation, et expliquer que c’est la responsabilité de tous, car la Data est un asset. Et à ce titre, nous commençons par l’acculturation de nos leaders pour avoir leur soutien et engagement dans cette transformation. Puis un niveau “Data for Experts” qui permet aux Data Engineers et Data Scientists, nos experts de la Data, de rester formés sur les technologies de pointe et de monter en compétences en continu. L’enjeu est donc de réussir à fédérer et accompagner toutes les parties prenantes.

Quel est le meilleur moyen de briser les silos lors de la transition vers une organisation data-driven ?

A mon sens, chaque organisation, en raison de sa culture, de son environnement, et de sa maturité, a sa propre méthode pour tendre vers une culture orientée data. C’est pourquoi le pragmatisme est le mot d’ordre des Chief Data Officers. Nous croyons vraiment en la méthode des “petits pas” : il faut commencer par des petits livrables et étendre aux projets d’envergure en mode agile (Think Big, Start Small and Show Value Fast). Il faut en effet avancer par problématiques métiers et processus critiques/importants, et prouver la valeur par le gain ou par le coût de ne pas faire. 

Quels conseils pour les entreprises qui débutent ?

Pour commencer, il est essentiel d’analyser le niveau de maturité et les besoins de la société pour construire une fiche de route ambitieuse, réaliste et qui s’adapte à l’environnement existant. Il faut également fédérer et engager toutes les parties prenantes sur la construction de cette roadmap. Chez Suez, nous avons mis en place une “Data Taskforce” qui est une communauté collaborative regroupant des acteurs Data, IT, Business et RH pour construire les piliers organisationnel, technique et culturel nécessaires à la transformation data du groupe. Puis, il est important d’engager un programme d’acculturation des collaborateurs sur l’usage de la data et l’IA et la responsabilité de chacun dans cette transformation. Enfin, adopter une approche “Test & Learn” pour embarquer les collaborateurs “on the job” sur des projets IA en mode agile et constater rapidement ce qui fonctionne ou pas et comment améliorer l’existant (en data ou use case ou process) pour atteindre l’objectif business voulu.

Quels cas d'usage data chez Suez vous ont permis d'améliorer la performance des activités ?

Au niveau de la gestion des déchets, nous avons eu recours, par exemple, à la computer vision pour aider les opérateurs à détecter un objet indésirable à l’entrée de nos incinérateurs. En effet, ces opérateurs doivent surveiller plusieurs écrans simultanément pour détecter ces objets indésirables et arrêter leur entrée au sein des usines. Dans le cas où un objet indésirable s’insère dans l’incinérateur, nous sommes contraints de bloquer l’ensemble de l’usine, ce qui a un coût. Grâce à la computer vision, nous facilitons la lecture de ces écrans. Le projet est rentable dès le premier objet détecté que l’humain n’aurait pas vu. La data permet donc d’optimiser les coûts de fonctionnement et d’augmenter l’opérateur.

Le deuxième exemple concerne la consommation d’eau : les compteurs d’eau des logements de particuliers nous transmettent directement le niveau de consommation. Lorsque nous ne les réceptionnons pas, deux scénarios sont possibles : soit le logement est vacant, soit il y a un défaut. Le suivi de la donnée permet de constituer des patterns permettant aux opérateurs d’avoir une prédiction plus fine du scénario probable et donc d’éviter des déplacements inutiles chez les particuliers. 

Aujourd'hui peut-on n'avoir recours qu'à des providers européens en matière de gouvernance ?

Aujourd’hui, on remarque une réelle prise de conscience de l’envergure des géants déjà bien établis sur le marché. Je pense malheureusement que cette prise de conscience arrive un peu tard, c’est dommage ! Intégrer un géant sur l’intégralité du cycle de vie de la donnée est très dangereux. Pour autant, nous sommes forcés d’admettre que nous devons faire appel à eux dans certains domaines car nous n’avons pas encore d’équivalent suffisamment solide en Europe.  Ma préconisation est de prendre le meilleur de chaque domaine pour construire son architecture sur mesure, garder la donnée au sein de l’entreprise et exiger une transparence et un contrat de confiance entre les différentes parties.

Est-il possible d'être plus transparent pour augmenter la confiance sur le partage des données ?

Bien-sûr, et il le faut ! Cela peut se faire à travers une communication massive et en instaurant des technologies permissives et transparentes (permettre l’accès aux données et à leur traitement). En effet, le parcours utilisateur doit donner la possibilité d’accéder rapidement et simplement aux informations liées à l’utilisation de ses données. Si nous arrivons à implémenter cela, alors la confiance envers l’usage des données sera rétablie et la crainte de partage des données sera réduite.

Quels sont les grands challenges auxquels nous devrons faire face en matière de données ?

D’un point de vue technologique, on est en train de donner plus de pouvoir au business en matière de gestion de leurs données. J’aimerais qu’on donne encore un peu plus d’agilité aux métiers en rendant les outils plus accessibles. 

D’un point de vue sociétal, chacun a un rôle à jouer, nous devons tous être “Digital Responsables”. Ceux qui développent et consomment l’IA doivent s’assurer que la donnée est de qualité, non biaisée et ne peuvent utiliser les données qu’à des fins éthiques. Le grand défi est de rester dans l’éthique tout en continuant d’innover.

Chafika Chettaoui
A propos de l'auteur

Chafika Chettaoui est la Chief Data Officer du groupe SUEZ depuis 2018. Elle a pour mission d’accompagner la transformation du groupe en accélérant l’usage de la donnée dans un objectif d’amélioration de la performance, de la satisfaction client et de création de nouveaux business models.

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