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Comment innover dans la data en 2021 ?

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Aujourd’hui, c’est au tour de Guillaume de Saint Marc, Sr Director Engineering, Emerging Technologies & Incubation chez Cisco de nous livrer ses secrets sur les révolutions majeures liées aux données.

Expliquez-nous votre rôle chez Cisco ?

Je fais partie de la division Strategy, Emerging Technologies & Incubation. Il s’agit d’un pilier important de notre organisation en charge de la stratégie de Cisco d’une part, et aussi de l’incubation de nouvelles technologies et nouveaux business d’autre part, avec un modèle d’intraprenariat qui s’apparente à des startups ou ventures internes.

Je dirige notre équipe Engineering en Europe. L’un des principaux hub de notre équipe se situe en France avec des engagements forts d’investissements en R&D dans le pays, incluant des collaborations académiques avec l’école Polytechnique ou Telecom Paris Tech.

Il est essentiel pour nous de travailler avec des jeunes talents, de pouvoir accueillir des doctorants dans nos équipes et d’effectuer des missions de recherche conjointes sur les futures technologies de l’Internet.

L’innovation est au cœur de la culture Cisco, comment parvenez-vous à continuer à innover ? La co-innovation est-elle la solution phare ? Pourquoi ?

Sans surprise, il y a des produits et services que nous développons nous-mêmes, d’autres que nous achetons, des entreprises sur lesquelles nous investissons (en moyenne une acquisition toutes les 6 semaines), et enfin nous montons des partenariats stratégiques. Mais nous avons aussi beaucoup développé la co-innovation ces dernières années, notamment grâce à notre réseau de Cisco Innovation Labs à travers le monde. 

En effet, la digitalisation touche désormais tous les secteurs d’activité, et connecte des domaines jusqu’alors sans rapport. Par exemple, dans le secteur de l’automobile, les voitures sont désormais conçues autour d’architectures software et de propulsion électriques. Soudainement, les constructeurs ont dû co-innover avec d’autres champions dans ces domaines pour rester à la pointe de l’innovation – n’ayant pas ces compétences directement disponibles en interne. Plus récemment, nous avons pu voir Renault lancer une alliance avec la plateforme Google Cloud pour digitaliser leur usine. Ces mêmes constructeurs deviennent également désormais des vendeurs de mobilité-as-a-service. Dès lors, une partie de leurs métiers est effectivement complètement réinventée.

La co-innovation se généralise donc et n’est plus vraiment une stratégie pour certains mais véritablement une nécessité pour tous. Au niveau de la culture d’entreprise et des outils pour co-innover, c’est souvent encore un peu difficile, notamment dans les domaines industriels traditionnels. Mais les directions innovation de ces groupes progressent tous les jours pour que la co-innovation devienne un réflexe. 

Quels sont vos conseils pour convaincre les décideurs d’aller chercher la co-innovation ?

Un livre blanc a récemment été publié intitulé “A la Recherche des licornes européennes”, auquel j’ai eu la chance de participer avec l’AmCham (American Chambers of Commerce). A travers ce livre blanc, nous faisons un constant simple : nous n’avons pas notre « juste part » de licornes dans l’écosystème de ce coté de l’Atlantique. Beaucoup de recommandations y sont faites et l’une étant particulièrement intéressante car elle indique qu’il faut précisément penser les solutions à l’échelle européenne plutôt qu’à l’échelle de chaque pays. 

Pour un grand groupe industriel, j’aurais trois conseils à donner :

Dans quelles mesures faites-vous usage de la data pour proposer des offres innovantes de produits ou de services ?

C’est un vaste sujet pour Cisco. Étant l’un des pionniers d’Internet (qui ne cesse de se développer, nous prévoyons 30 milliards d’équipements connectés d’ici 2023) le transport et la sécurité des données est le cœur de nos métiers. Nos produits et nos innovations s’appuient donc largement sur ces données, ainsi que sur les flux de télémétrie et de métadonnées associées – produisant évidemment au passage encore plus de données! 

Nous aidons ainsi nos clients à déployer des infrastructures IT complexes et à grande échelle (campus et branches de grand groupes, WiFi, data-centers, réseaux des opérateurs télécom, cœurs 5G, gouvernements,…), pour lesquels des solutions d’AIOps sont absolument nécessaires. D’une part les réseaux sont désormais entièrement programmables et hautement automatisés – on parle d’Intent-Based Networking – et d’autre part on a besoin de pouvoir superviser la qualité de service de ces infrastructures et des applications qui s’y exécutent, et de pouvoir rapidement détecter et remédier aux divers incidents ou alertes de sécurité qui peuvent se produire. Pour cela, il est essentiel d’avoir des solutions qui permettent de rendre ces systèmes observables à très grande échelle, grâce à des technologies comme AppDynamics ou ThousandEyes. 

Nous avons également un large portefeuille de produits IoT. Il faut garder en tête qu’avant de pouvoir digitaliser un système quel qu’il soit, il faut avant tout que les données existent, il faut pouvoir les générer, les extraire puis les transmettre aux applications associées. Ces équipements hardware et les logiciels qui s’exécutent « au edge » jouent actuellement un rôle clé dans l’émergence de l’industrie 4.0.

Par ailleurs, sur nos produits de collaboration Webex, nous avons beaucoup de fonctionnalités qui s’appuient sur du machine learning et de l’IA. Un assistant est désormais disponible pour faire la transcription automatique d’une visioconférence Webex, proposer une traduction simultanée, noter des points d’actions au fil de la réunion. Un agent IA permet de filtrer automatiquement les bruits de fond, pendant qu’un autre va ajuster automatiquement le cadrage de la caméra sur la personne qui parle. Les gains de productivité à la clé sont très significatifs, surtout dans un monde ou le télétravail va désormais cohabiter massivement avec le présentiel. 

Enfin, il y a des enjeux majeurs en matière de cybersécurité. En effet, les attaques sont de plus en plus sophistiquées, impliquant ainsi une augmentation constante des moyens de défense. Nos produits et services en matière de cyber-sécurité s’appuient notamment sur l’équipe Talos qui est dédiée chez Cisco à la collecte de données cyber et analyses en permanence les risques et attaques à l’échelle mondiale. On peut parler ici de DataOps/MLOps à grande échelle et en temps réel.

A votre avis, quelles sont les innovations révolutionnaires majeures à prévoir dans le monde de la data ?

En termes de technologies, beaucoup d’outils sont désormais disponibles, et notamment en open source : Machine Learning, Deep Learning, Big Data, Cloud, Edge. Il est désormais facile de faire des prototypes et de pilotes. Toutefois, il y a encore beaucoup de progrès à faire sur l’industrialisation des processus associés et le passage à l’échelle, et notamment en MLOps, DevOps et AIOps où de nombreuses industries sont encore loin de la maturité. D’un point de vue business, l’insertion de ces innovations dans la chaîne de valeur, le « go to market » et les modèles économiques sont encore très inégalement compris. Mais ce n’est bien sûr qu’une question de temps.

Pour revenir aux aspects R&D, nous travaillons notamment sur des modèles d’IA hybrides qui complètent les techniques ML/DL par du raisonnement symbolique et des hyper-graphes de connaissances. Je pense que les prochaines percées en matière d’AGI (Artificial General Intelligence) se feront dans cette direction.

Comment vont-elles révolutionner notre monde ?

Probablement de mille manières, mais pour donner un exemple concret dans notre domaine, on peut imaginer que ces innovations vont continuer à avoir un impact fort sur la productivité des équipes IT. Aujourd’hui un administrateur système dans une organisation IT supervise en moyenne entre 250 et 500 utilisateurs. A l’avenir, avec l’Internet des Objets et la révolution de l’industrie 4.0, il sera banal pour une personne seule de superviser plus d’un million d’objets ou équipements connectés. A ce stade, l’assistance de l’AIOps n’est bien sûr plus une option.

Un autre exemple concerne la cyber sécurité, qui est un enjeu fondamental dans un environnement chaque jour plus digitalisé. Aujourd’hui on assiste à une véritable course à l’armement en intelligence artificielle et machine learning entre les attaquants et les défenseurs. Il est donc impératif de rester à la pointe de l’innovation en la matière. 

La question de la souveraineté des données est récurrente ces derniers temps. Pourquoi d’après vous est-ce un enjeu aussi crucial aujourd’hui ?

Le sujet n’est pas nouveau mais la prise de conscience notamment en Europe a été tardive face à la puissance des plateformes US ou chinoises. Cela est désormais devenu un enjeu majeur, et il le restera longtemps pour trois raisons :

  • La souveraineté des données est essentielle d’un point de vue économique. Quand on a des données en quantité et en qualité, on peut les monétiser. Et il y a encore des opportunités business colossales à saisir dans de nombreux domaines.  
  • Les enjeux politiques et géostratégiques sont évidents. Au-delà de la sécurité des données déjà évoquée, il y a avant tout la préservation des données les plus sensibles (gouvernement, santé, OIV, OSE…) de tentatives d’accès via des mécanismes légaux ou non par des pays tiers. 
  • Enfin, on comprend chaque jour un peu mieux l’étendue des enjeux et des défis éthiques qui se dessinent devant nous. Dans la plupart des grands groupes, des équipes réfléchissent désormais à des chartes d’utilisation éthique des données, ce qui est une excellente nouvelle. En la matière, les pouvoirs publics ont également un rôle majeur à jouer : l’Europe, les Etats-Unis ou encore la Chine évoluent déjà vers des approches différentes pour l’utilisation de l’IA et des données personnelles. Si chacun veut être capable de librement continuer à choisir le modèle éthique qui lui convient, il faut nécessairement garder la souveraineté des données associées. 
A propos de l'invité
guillaume de saint marc

Basé à Paris, Guillaume Sauvage de Saint Marc a rejoint le groupe CTO & Chief Architect de Cisco en octobre 2014, où il dirige une équipe d’innovation software répartie dans différents centres de R & D (Royaume-Uni, France, Israël, Inde, États-Unis). Il a débuté sa carrière au sein du Groupe Canal + en 1996, où il était chargé de plusieurs activités de gestion de projets et de produits pour les plateformes numériques, et notamment pour le décodeur PVR. Guillaume Sauvage de Saint Marc possède un Master en Informatique de l’Ecole Centrale de Lille, en France.